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Chapitre premier

Étrange rencontre avec la sorcière des campagnes : première tentative

 

Mardi soir

Quelques heures plus tard...
La porte de cette petite maison sombre, perdue au milieu de la campagne, venait de se refermer derrière elle. Le bruit métallique de la clé tournant dans la serrure la fit sursauter tandis qu'un long frisson traversait tout son corps. La séance de vérité était terminée.
Ses deux enfants - Karl et Tom* - étaient en sécurité à la maison, avec sa meilleure amie Wish* pour veiller sur eux, et il n'y avait que cela de rassurant à cette heure avancée de la nuit.

(* Karl et Tom : ses enfants, Wish : sa meilleure amie )

Depuis combien de temps était-elle là avec cette sorcière ? Le temps semblait s'être arrêté, tout paraissait différent.
Cendrine semblait imprégnée de l'odeur de l'encens que cette vieille femme avait fait brûler sous son nez. Elle regrettait presque d'être venue jusque là, car elle ne se sentait pas mieux qu'à son réveil mais au moins, cette petite voix s'était calmée laissant place à de grands doutes.

Le brouillard épais ne lui facilitait pas le retour mais elle n'avait qu'une envie, fuir loin de toutes ces vérités qui venaient de lui être dévoilées.
Sa voiture était là tout près et il lui fallait faire ces quelques kilomètres qui lui semblaient interminables pour regagner son domicile.
Sur le chemin du retour, elle ne pu résister à l'appel du lac qui était à deux pas de sa modeste demeure. Elle pouvait voir refléter sur sa surface lisse, le doux et rassurant visage de la lune, brillant à travers un voile de brume.
Cendrine décida de s'asseoir un moment au pied d'un grand chêne, face à cette étendue d'eau où tout paraissait aussi magique qu'angoissant.
Lovée dans cette vieille couverture qui ne quittait jamais sa voiture, les yeux rivés en direction de cette immense toile sombre clairsemée d'étoiles, elle pouvait enfin laisser couler ses larmes, larmes de chagrin, larmes de colère, larmes de souffrance.

Seule, en état de choc, elle scrutait le moindre détail qui pourrait la ramener à une autre réalité. Pourtant, elle ne rêvait pas et elle savait que désormais sa vie ne serait jamais plus comme avant.
Elle voulait mourir, là tout de suite. Le froid lui glaçait le sang, il était temps de rentrer...

Karl et Tom étaient couchés depuis longtemps quand Cendrine regagna son domicile.
Wish qui connaissait bien Cendrine comprit très vite que quelque chose de grave venait de se produire. La jeune femme était bouleversée. Les yeux rougis par les larmes, la voix serrée, elle était dans un état second.
Cendrine congédia son amie lui promettant qu'elle lui raconterait tout le lendemain.
En aurait-elle la force se demanda-t-elle en refermant la porte.
Qui la croirait ? Comment expliquer tout ça.

Elle ne se reconnaissait pas. Elle n'avait pas eu aussi mal depuis la mort de son père. Les quelques mèches rousses qui retombaient sur l'ovale de son visage étaient détrempées par les larmes.
Pliée de douleur, elle se réfugia dans sa chambre et se mit en boule sur son lit, serrant fort son gros nounours en peluche. Elle resta dans cette position fœtale pendant presque toute la nuit, secouée par d'interminables sanglots. Elle voulait oublier tout ça. Elle allait se réveiller, c'était sans doute encore un cauchemar.


Mercredi matin
La sonnerie de son petit réveil venait de retentir. Cendrine se dirigea à la salle de bains. Le reflet du miroir était désolant : ses yeux bouffis lui rappelaient cette terrible nuit.
Un jet d'eau froide et un peu de maquillage finiraient par camoufler son triste état avant le lever des enfants. Elle ne voulait pas les inquiéter ; chaque jour, elle s'efforçait d'être cette maman souriante, dynamique et drôle qu'ils aimaient tant. Divorcée, elle en avait la garde et les élevait seule depuis plusieurs années.
Après les avoir déposés à l'école, elle décida de s'isoler. Elle était incapable d'aller travailler.
(rendez-vous chapitre II pour connaître les propos de cette rencontre)

Un nouveau combat

 

Rien ni personne n'avait pu décourager Cendrine Potter ces dernières années. Elle avait cette force intérieure qui lui avait permis de se dépasser, de surmonter ses peurs, ses angoisses et même de lutter contre la maladie.

Après cette nuit de réflexion, Cendrine décida qu'il était temps de creuser les pistes que la vieille dame lui avait données.
D'ailleurs, elle ne pouvait s'empêcher de penser que si la démarche n'avait pas été la bonne, la voix de la sagesse serait sans doute revenue lui tirer l'oreille...

Plus déterminée que jamais, la jeune rouquine semblait avoir retrouvé toute son énergie pour affronter cette nouvelle journée qui s'annonçait plus que chargée. Il n'était pas question de passer une journée supplémentaire dans le doute.

Toujours fidèle à son intuition, Cendrine avait sélectionné quelques noms et téléphones dans la rubrique « médiums » de l'annuaire départemental. Elle s'était bien renseignée sur le sujet pour ne pas commettre d'impair ou ne pas tomber dans les pièges d'éventuels charlatans.

Confiante, elle essaya même une consultation téléphonique. Elle avait repéré, au tabac presse du coin, quelques magazines traitant de ces sujets paranormaux.
Elle prit une grande inspiration avant de tourner les premières pages de cette revue spécialisée. Tous les conseils étaient clairs, il ne restait plus qu'à les appliquer.

 

Souvenirs lointains

 

Elle leva les yeux au ciel en demandant à son ange gardien un petit coup de main pour l'aider à choisir un bon médium. Cendrine avait de profondes croyances qui n'avaient pourtant rien à voir avec la religion : elle était fermement convaincue qu'elle n'était jamais seule dans les moments difficiles, elle se plaisait aussi à croire qu'elle avait un ange gardien en permanence à ses côtés. Elle aurait presque pu se vanter de l'avoir vu d'ailleurs. Elle s'en voulait encore d'avoir aussi mal réagi face à lui.
C'était une dizaine d'années plus tôt, à l'époque où elle était encore mariée. Son mari, Steeve, s'absentait souvent la nuit pour des raisons professionnelles. C'était habituel, la routine dirait-on, et cela ne l'angoissait pas. Elle n'avait peur de rien.

Pourtant une nuit, alors que Steeve était de garde, Cendrine fut réveillée par quelque chose d'étrange. Ce n'était ni le bruit des pas de son mari dans le couloir de l'appartement, ni Rocky son chat noir venant gratter à la porte de la chambre pour réclamer un câlin ; non c'était différent.
C'était d'ailleurs la toute première fois où cette petite voix intérieure s'était manifestée lui murmurant à l'oreille un lointain « n'ait pas peur » qui n'avait rien de rassurant du tout !
Dans la seconde qui suivait ce doux murmure, elle avait pu percevoir cette chaleur, cette présence, juste là, sur le bord de son lit. Couchée sur son côté droit, comme d'habitude, elle avait ressenti comme une main chaude et rassurante se posant sur son corps, plus précisément sur le haut de sa cuisse. Cette sensation était très agréable mais la curiosité l'emportant, Cendrine se retourna doucement.
Rêvait-elle ? L'empreinte chaude et rassurante était toujours très perceptible. Doucement, elle pivota pour se retrouver allongée sur le dos.
Terrorisée, prise de panique, elle pouvait voir là, à côté d'elle, le visage d'un vieillard sorti de nulle part.
Il était blanc ou plutôt lumineux, les cheveux grisonnants et légèrement ondulés, avec une sorte de barbe comparable à celle d'un père noël. Ses traits étaient harmonieux et son regard plein d'amour.

« N'aie pas peur, je suis là pour veiller sur toi » dit-il de nouveau. Cendrine ne comprenait plus rien : qui était cet homme, comment était il rentré ? Pourquoi était-il là ? Que voulait-il ?
Les battements de son cœur s'accéléraient, la sueur commençait à perler sur son front et prise de panique, elle bondit vers l'interrupteur de la lampe de chevet. Où était-il ? il avait disparu comme par magie ! Pourtant, elle sentait encore cette présence, cette chaleur venue de nulle part.
Ces mots résonnaient à nouveau dans la tête de Cendrine et son cœur encore sous le choc ne semblait pas décider à reprendre des battements réguliers. Trempée de sueur, terrorisée, elle resta là, les doigts crispés sur le bord de la couverture, jusqu'au retour de son mari. Elle n'osait pas regarder ni sous le lit, ni dans le placard, de peur de voir ce visage de nouveau face à elle. Cet homme était pourtant toujours là, elle en était sûre.

Inquiet de la retrouver dans cet état de panique, Steeve - enfin de retour -l'enlaça tendrement pour l'aider à se rendormir en la rassurant comme un père l'aurait fait pour son enfant : « tu as fait un cauchemar, c'est rien, tout va bien, je suis là, rendors toi... ».
Blottie dans les bras de son bien-aimé, Cendrine retrouva le sommeil mais aujourd'hui, elle se souvient parfaitement encore et avec précision, de chaque détail du visage de ce vieil homme, de cette voix, de cette présence.
Pour elle, aucun doute, il s'agissait bien de son ange gardien ou de son guide de lumière... Mais à cette époque, comment aurait-elle pu savoir..

 

Étrange rencontre : deuxième tentative

 

Mercredi après-midi

Il était temps d'agir en laissant loin derrière les souvenirs du passé...
Le téléphone d'une main et le crayon de l'autre, elle était prête pour cette consultation téléphonique. D'instinct, elle avait choisi ce médium qui portait le pseudonyme de « Louise ».
La voix douce et rassurante qui répondit à son appel laissait espérer à Cendrine qu'elle avait fait le bon choix. Cette femme expliqua gentiment à Cendrine le principe et le tarif de la consultation en précisant qu'il fallait avant tout quelques supports : nom, prénom, lieu et date de naissance. Cette femme prétendait avoir besoin de quelques minutes de calme pour se mettre « en connexion » et seulement après le rappel se ferait et la consultation pourrait commencer...
Cendrine était patiente mais ces quelques minutes ressemblaient à une éternité.
Elle s'efforçait de garder le calme en se concentrant sur sa respiration.
Dans quelques minutes, elle saurait peut-être ...
La sonnerie du téléphone retentit enfin. Cendrine était prête à écouter ... à tout écouter...

Impossible vérité

 

La voix de Louise la tira de sa rêverie.
« Je ne peux rien vous dire, trop d'ombres, trop de noirceur autour de votre naissance. Je crois qu'il serait mieux que vous ayez une consultation directe avec un médium. Vous risqueriez d'être choquée et ce ne serait pas bon pour vous ».

Une boule d'angoisse venait de se former dans la gorge de Cendrine. Ces mots étaient blessants. On refusait de lui en dire plus et elle était furieuse. Louise avait beau essayer d'être aimable, Cendrine préféra mettre fin à cette discussion sans même dire au revoir.

Tirant nerveusement sur le bout de ses manches, Cendrine alla s'asseoir par terre, dans l'angle de sa chambre, face à son lit. Ses jambes ne la tenaient plus.
Au passage, elle saisit son gros nounours, le seul capable de la consoler et de sécher ses larmes depuis toujours. C'était son compagnon de route, son confident, celui avec qui elle partageait tout, ses joies, ses peines et ses plus grands secrets. Telle une enfant inconsolable, elle le serra de toutes ces forces pendant quelques minutes.
Elle ne comprenait plus rien. On venait de lui confirmer les mêmes horreurs que la veille. Comment avait-elle pu avoir des doutes hier ?

 

Troisième tentative : l'heure des révélations

 

Mercredi soir

Non, elle n'allait pas en rester là. Elle déposa délicatement son ours magique au milieu de son lit. Elle jeta un œil furtif en direction de sa table de chevet cherchant à capter du regard toute l'énergie que son père pouvait encore lui donner à travers cette vieille photo.

Cendrine Potter n'avait pas dit son dernier mot. Plus déterminée que jamais elle n'avait qu'un objectif : découvrir la vérité. Elle n'abandonnerait jamais.

Cette rage intérieure avait fini par porter ses fruits : après plusieurs appels, Chris - médium spirite - venait d'accepter de la recevoir en fin de soirée pour une consultation à son cabinet. Un cri de victoire s'échappa de sa gorge ; instinctivement, elle le savait, cette fois, c'était la bonne ! Il lui restait à peine le temps de prendre une douche avant de repartir sur le chemin de la vérité.
Cet homme avait besoin de photo pour travailler alors elle glissa avec précaution la seule qui résumait toute sa vie : ce vieux cliché en noir et blanc où elle était bébé dans les bras de son père.

Les paysages défilaient... la musique de l'autoradio ne semblait même plus capter l'attention de Cendrine. Depuis hier, une seule chose comptait : savoir.
La veille voiture break de Cendrine s'engouffra dans la petite impasse : un dernier coup d'œil sur le papier qu'elle avait griffonné lui confirmait qu'elle était arrivée à la bonne adresse.
Un petit écriteau en bois, cloué à la porte, invitait les visiteurs à entrer sans frapper. La salle d'attente était minuscule et deux chaises vétustes remplissaient tout l'espace. Les murs blancs étaient ornés de cadres, de statuettes et de toutes sortes de symboles spirituels.
Le décor était plutôt inhabituel ; troublée par cet endroit, Cendrine n'avait pas vu arriver cet homme au sourire chaleureux qui lui tendait la main. Il était grand, sec mais rassurant.
L'heure de vérité approchait.

Le cœur battant, Cendrine s'installa devant lui. Avant même d'avoir dit un mot, Chris lui expliqua qu'il était important qu'elle soit détendue pour obtenir des réponses à ses questions.

Quand elle avait prit rendez-vous, elle n'avait pas évoqué le sujet brûlant qui la préoccupait. Cet homme ne la connaissait pas, il ne savait rien.
Depuis la veille, Cendrine était à la limite de l'extinction de voix, un signe révélateur du stress que la jeune femme endurait.
Sa voix cassée semblait ne plus vouloir émettre le moindre son ; mais peu importe, elle n'avait rien à dire finalement, elle venait pour entendre la vérité.
Par où commencer ? Tout était si flou et compliqué. Elle ne savait plus.

Cendrine décida de mettre en place le même dispositif que lors de la première consultation chez la vieille sorcière.
Elle déposa son petite magnétophone sur la table, en s'assurant auprès de Chris que cela ne perturberait pas cette séance de médiumnité ; il fallait absolument qu'elle enregistre tous ces échanges pour être sûre d'avoir bien compris.

Chris battait calmement les lames de tarot entre ses grandes mains tout en observant la jeune consultante. Ses doigts longs et fins faisaient corps avec les cartes. Cette harmonie était presque troublante, ce geste presque sensuel.
Nerveusement Cendrine sortit de sa poche son unique trésor, cette précieuse petite photo. Toujours silencieuse, elle la déposa sur la table.

Chris semblait se concentrer de la même façon que la vieille sorcière de la veille. Cendrine pouvait même constater une légère modification de ses traits.
- « C'est vous n'est-ce pas sur la photo » ? l'interrogea-t-il.
Un signe affirmatif de la tête suffirait pour répondre à cette première question.
« Vous avez gardé le même visage enfantin » lui fit remarquer Chris.
« On vous reconnaît au premier coup d'œil » ajouta-t-il comme pour la détendre.

Cendrine se rendit alors compte qu'elle faisait la même moue que sur la photo, sauf qu'elle avait quelques décennies de plus.
Chris semblait lire dans ses pensées et fit ce commentaire à haute voix.

Cendrine avait confiance en cet homme et elle était prête pour cette nouvelle séance de voyance. Des frissons chauds et froids semblaient traverser tout son corps. Cette sensation était très surprenante mais pas désagréable. Elle se sentait soudain légère, ailleurs, comme transportée dans un autre monde. Un tourbillon de courants semblait l'enlacer, mais elle n'avait pas peur.

Chris était médium spirite, mais il avait beaucoup d'autres compétences ! il ne passait pas uniquement son temps à échanger avec les « esprits », il utilisait aussi beaucoup son pendule et ses cartes de tarot.
(rendez-vous chapitre II pour connaître les propos de cette rencontre)


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