Introduction
Sur la route de la vérité
Mardi matin - 7 H
Les draps entortillés autour du corps, Cendrine Potter sortait d'un sommeil très agité. Une fois de plus, elle avait fait des rêves très étranges, très sombres, qui allaient la hanter toute la journée, mais en plus, il y avait cette petite voix au fond d'elle qui lui murmurait cette phrase à la fois si réelle et si incompréhensible.
Qu'est-ce que ça voulait dire ? Pourrait-elle un jour dormir en paix sans avoir cette impression de vivre une autre vie chaque nuit ?
Assise sur le rebord de son lit, la tête entre les mains, elle cherchait à retrouver ses esprits, à se remettre en phase avec le monde réel qui l'entourait.
Le décor de sa chambre était là pour la rassurer : rien n'avait bougé et le soleil qui perçait à travers les volets semblait là pour lui réchauffer le cœur.
Elle s'étira longuement, comme l'aurait fait un chat encore engourdi par une longue sieste au coin de la cheminée.
Cendrine était d'une nature joyeuse et souvent on savait lui rappeler que sa bonne humeur était contagieuse. Le regard vert émeraude, cette mystérieuse jeune femme pleine d'énergie entretenait son allure de sauvageonne avec cette cascade de boucles rousses qui retombait sur ses épaules. Elle se sentait souvent déshabillée du regard par la jungle humaine qui l'entourait, mais elle aimait affirmer sa différence. Elle refusait de ressembler à ses filles aux allures d'anorexiques, aux yeux ternes, aux cheveux parfaitement coiffés, qui marchent d'un pas lent, sans la moindre étincelle dans les yeux.
Cendrine aimait goûter à tout et croquait la vie à pleines dents. Elle préférait le silence de la forêt aux magasins bondés de monde. Tous les matins, elle éprouvait le même plaisir en regardant le soleil se lever sur les étangs, balayant de reflets rose et or les quelques nuages apparents.
Qui pourrait comprendre l'extase qu'elle éprouvait simplement en restant adossée à un arbre, bercée par le clapotis de l'eau ou le chant des oiseaux. Depuis toute petite, elle était proche de la nature et elle ne pouvait pas imaginer un instant aller vivre en ville, au milieu du bruit, du stress et de tous ces gens.
Déterminée dans tout ce qu'elle entreprenait, elle était toujours très optimiste.
Telle une guerrière, elle aimait revendiquer haut et fort :
« Tout ce qui ne tue pas, rend plus fort ».
Sa vie ressemblait à un long combat et après toutes les épreuves qu'elle avait pu endurer, c'était pour elle un cri de survie qu'elle ne cessait de souffler à toutes les personnes désespérées qui venaient chercher du réconfort auprès d'elle.
***
Chaque matin, elle se consacrait à des rituels bien à elle qui lui permettaient de démarrer la journée du bon pied. Un dernier coup d'œil en direction de sa table de nuit, là où trônait son plus beau trésor, une vieille photo en noir et blanc. Sur le cliché, elle avait à peine un an et elle était dans les bras de son père.
C'est à lui qu'elle pensait à cet instant précis et une fois de plus, elle le remerciait car sans lui, elle ne serait rien aujourd'hui. Il avait été tout pour elle, son modèle, plus qu'un exemple et il lui avait donné une force de caractère extraordinaire. Elle lui devait tout, elle l'avait toujours dit. Malheureusement, une crise cardiaque l'avait foudroyé l'année de ses 36 ans alors qu'elle n'avait que 13 ans. Mais elle refusait de croire qu'il l'avait abandonnée et chaque jour, elle lui parlait, elle se confiait à lui à travers cette photo et elle ne cessait de lui dire à quel point il pouvait lui manquer.
Malgré une bonne douche et un copieux petit déjeuner, Cendrine pouvait encore entendre le murmure de cette petite voix intérieure, de cette phrase étrange, mais elle refusait de lui porter d'avantage d'attention.
C'était en octobre ; Cendrine adopta un jean et un pull à col roulé pour affronter cette nouvelle journée qui s'annonçait plutôt fraîche.
Très active, elle devait déposer ses enfants à l'école avant de se rendre à son travail. Un dernier bisou, accompagné d'un « je vous aime », et après les avoir vus franchir le portail de l'école, elle pouvait se rendre à son travail l'esprit en paix.
Ce matin, l'ambiance était différente.
La portière de la voiture venait de claquer. Mais que se passait-il? Pourquoi cette étrange impression d'être accompagnée, cette sensation de présence à ces cotés alors qu'elle était désormais seule dans sa voiture ?
Elle devait se rendre à son travail mais elle en était incapable, comme accaparée par un phénomène indescriptible et toujours cette petite voix, là, à l'intérieur de sa tête ou plutôt de son cœur. Le trouble était intense et cette sensation de mal-être semblait s'amplifier.
Juste le temps d'un coup de fil pour expliquer sa défaillance à son employeur et la voilà repartie à son domicile.
Solitude, l'amie de toute une vie.
Cendrine n'avait pas de famille ou du moins elle considérait qu'elle n'en n'avait plus depuis la mort de son père.
De nature plutôt sauvage, elle avait quitté le cocon familial très jeune et n'avait besoin de personne. Elle avait beau faire des efforts, elle n'avait aucun souvenir d'enfance, le néant.
C'était donc seule, envers et contre tous, qu'elle avait bâtie sa propre personnalité, sa propre vie sans jamais se soucier de ce que pouvait en penser « sa famille » ou même « les autres », ceux de son entourage. Sa mère s'était remariée et vivait très loin d'elle. Elle ne la voyait plus, ni sa sœur, ni son frère.Au fil des années et chaque fois qu'elle avait une importante décision à prendre, elle le faisait toujours avec le même rituel ; elle cherchait un endroit paisible, calme, au milieu de la nature et elle se posait une seule question :
« si papa était là, est-ce qu'il approuverait mon choix » ?
Ensuite, elle fermait les yeux et cette petite voix venue de nulle part ou peut-être celle qu'on aurait pu appeler la voix de la sagesse venait toujours lui murmurer la réponse qu'elle attendait. C'était magique et rassurant.
La voix de la sagesse
Mardi midi
Toute sa vie, Cendrine lui avait fait confiance alors pourquoi aujourd'hui avait-elle tant de mal à accepter de l'écouter.
Allongée sur son lit, les mains croisées derrière la nuque, elle attendait que ce malaise se dissipe et fixant désespérément le plafond de sa chambre, elle espérait que cette petite voix se taise à jamais.
Une migraine terrible la replongea dans un profond sommeil de quelques heures.
Ce n'était pas normal tout ça et Cendrine pressentait que cette journée allait être particulièrement pénible. Ce réveil était encore pire que le précédent alors qu'il était midi passé.
Cette petite phrase résonnait toujours dans sa tête, comme si on cherchait à la rendre définitivement folle. Comment faire cesser cela ? Il fallait trouver une solution et vite.
Elle avait beau réfléchir, tout cela était insensé.
Qu'essayait-on de lui dire ? qui ? pourquoi ? était elle malade ? avait elle des hallucinations ?
Autant de questions qui restaient sans réponses...
Face à cette situation, elle ne voyait plus qu'une solution, celle qu'elle avait toujours refusé : avoir recours à la médiumnité. Elle devait en avoir le cœur net.
Décidée à mettre un terme à ce nouveau malaise, elle prit rendez-vous avec une vieille dame, que tout le monde dans le village qualifiait de sorcière, à cause de ses dons de médium et de guérisseuse.
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